Le vignoble alsacien vient de perdre deux de ses figures attachantes. Marie-Louise et Etienne Stein, couple de vignerons installés à Kaysersberg Vignoble, se sont éteints à quelques jours d’intervalle, après avoir partagé plus de sept décennies de vie commune et de travail de la vigne. Cette disparition simultanée souligne la force d’un lien indéfectible tissé autour de leur passion commune pour le vin et leur terroir.
Un couple façonné par la vigne alsacienne
Marie-Louise et Etienne Stein incarnaient cette génération de vignerons alsaciens qui ont traversé les transformations profondes du vignoble au cours de la seconde moitié du XXe siècle. Leur exploitation familiale témoignait d’un attachement viscéral aux traditions viticoles de la région de Kaysersberg, commune viticole réputée du Haut-Rhin qui s’étend sur les contreforts des Vosges.
Kaysersberg Vignoble résulte de la fusion en 2016 de trois communes : Kaysersberg, Kientzheim et Sigolsheim. Ce territoire concentre certains des plus beaux terroirs d’Alsace, avec des parcelles exposées sur des coteaux granitiques et calcaires. Les Stein ont cultivé leurs vignes sur ces pentes exigeantes, produisant des vins qui reflétaient la typicité de ces sols d’exception.
Une vie dédiée au travail de la terre
Le couple représentait cette viticulture alsacienne familiale, ancrée dans des pratiques transmises de génération en génération. Leur quotidien rythmé par les saisons viticoles illustrait une époque où le métier de vigneron impliquait un engagement total, de la taille hivernale aux vendanges automnales.
Travailler la vigne en couple constituait une réalité fréquente dans l’Alsace viticole traditionnelle. Cette organisation familiale permettait de maintenir des exploitations à taille humaine, où chaque membre contribuait selon ses compétences. Marie-Louise et Etienne incarnaient ce modèle d’entraide conjugale au service d’un projet commun.
Leur disparition quasi simultanée rappelle ces histoires de couples fusionnels que l’on rencontre régulièrement dans le monde rural. Après tant d’années vécues côte à côte, dans l’effort partagé du travail viticole et la complicité du quotidien, le départ de l’un entraîne souvent rapidement celui de l’autre.
Le vignoble de Kaysersberg en héritage
La région de Kaysersberg compte parmi les joyaux du vignoble alsacien. Elle abrite plusieurs grands crus réputés, dont le Schlossberg à Kientzheim et le Furstentum à Sigolsheim. Ces appellations prestigieuses côtoient une multitude de lieux-dits qui produisent également des vins remarquables.
Le terroir granitique du Schlossberg confère aux rieslings une minéralité caractéristique et une grande capacité de garde. Le Furstentum, sur sols marno-calcaires, permet d’élaborer des gewurztraminers et des pinots gris d’une richesse aromatique exceptionnelle. Les Stein ont œuvré dans ce contexte géologique privilégié qui fait la renommée des vins d’Alsace.
Kaysersberg Vignoble s’inscrit également dans la route des vins d’Alsace, parcours touristique qui attire chaque année des milliers de visiteurs venus découvrir les villages pittoresques et leurs caves. Cette dimension touristique coexiste avec une viticulture de production exigeante, portée par des vignerons attachés à la qualité.
Une génération de vignerons qui s’efface
La disparition de Marie-Louise et Etienne Stein symbolise le passage d’une époque. Leur génération a connu l’évolution profonde du vignoble alsacien, passé d’une production essentiellement quantitative dans l’après-guerre à une quête constante de qualité à partir des années 1970 et 1980.
Ces vignerons ont assisté à la reconnaissance des grands crus d’Alsace, à l’émergence de la viticulture biologique et biodynamique dans la région, et aux défis posés par le changement climatique. Ils ont adapté leurs pratiques tout en conservant les gestes essentiels transmis par leurs prédécesseurs.
Le renouvellement générationnel constitue aujourd’hui un enjeu majeur pour le vignoble alsacien. De nombreuses exploitations familiales recherchent des repreneurs, qu’il s’agisse de descendants directs ou de jeunes vignerons venus d’ailleurs. La transmission des savoir-faire et du patrimoine foncier nécessite une anticipation que tous les couples de vignerons n’ont pas pu ou su organiser.
L’empreinte laissée dans la communauté viticole
Au-delà de leur activité viticole, Marie-Louise et Etienne Stein faisaient partie intégrante du tissu social de Kaysersberg Vignoble. Les vignerons jouent traditionnellement un rôle central dans la vie des villages alsaciens, participant aux fêtes locales, aux confréries vineuses et à la préservation des traditions.
Leur départ laisse un vide dans cette communauté soudée où chacun se connaît et où les destins se croisent depuis des générations. Les vendanges, moments d’entraide collective, les manifestations viticoles et les temps forts du calendrier rural créent des liens solides entre familles de vignerons.
La mémoire de ces artisans de la vigne se perpétue à travers les vins qu’ils ont produits, les parcelles qu’ils ont entretenues et les valeurs qu’ils ont incarnées. Leur histoire individuelle s’inscrit dans la grande histoire du vignoble alsacien, faite de labeur, de passion et d’attachement indéfectible à un terroir.
Kaysersberg Vignoble rend ainsi hommage à deux de ses figures discrètes mais essentielles, dont la vie commune s’est achevée comme elle s’était déroulée : dans l’unité et la fidélité. Leur parcours rappelle que derrière chaque bouteille se cachent des existences entièrement consacrées à faire parler un terroir et à transmettre un patrimoine vivant.



